Faut-il supprimer le dimanche ?
Activité n. 1
Lisez le texte ci-dessus et répondez aux questions suivantes :
-
Comment le journaliste pose-t-il le problème du dimanche ?
-
Quelle est la question qu'on peut entendre au beau milieu d'une conversation ?
-
Quelle est en général la réaction à cette question ?
-
Les gens sont-ils d'accord pour supprimer le statut du dimanche ?
-
Quel est l'historique du repos le dimanche ? Comment ce thème est-il introduit dans le texte ?
-
Quels sont les résultats du dernier sondage sur l'ouverture des magasins le dimanche ? Comparez-les avec le précédent sondage.
-
Quelle est l'analyse qu'en tire le journaliste ?
-
Relevez les faits actuels qui devraient favoriser l'ouverture des magasins le dimanche.
-
Relevez les arguments (pour et contre) concernant le samedi ou le dimanche comme jour de liberté.
-
Donnez des exemples de magasins qui ont ouvert le dimanche.
-
Le dimanche a-t-il toujours été le jour férié des Français ? Quelle a été l'exception ? Combien de temps a-t-elle duré ?
-
Autrefois, que faisait-on généralement le dimanche ?
-
Relevez la phrase qui signale le malaise actuel du dimanche.
-
Quel est l'avenir prévu pour le dimanche ?
-
Comment expliquez-vous l'emploi de l'imparfait dans le paragraphe sur les magasins Ikéa et Virgin ?
-
À votre avis, quelle est la position personnelle du journaliste Yvon Le Vaillant, vis-à-vis du dimanche ?
-
Sa position coïncide-t-elle avec l'évolution de la société ?
|
C'est vrai, la police, les transports, les cinémas et théâtres, les hôpitaux, les restaurants, les curés, bien sûr, et... même les journalistes : beaucoup travaillent le dimanche. Et pourtant, comme l'explique Yvon Le Vaillant, ce jour-là n'est pas comme les autres. C'est une parenthèse, une respiration, une machine à arrêter les horloges. Un temps à inventer.
Pour ou contre ? C'est le nouveau jeu de société. Au milieu d'une conversation, n'importe où, n'importe quand, posez, mine de rien, la question : «.Au fait, êtes-vous pour ou contre l'ouverture des magasins le dimanche ? » Aussitôt on se passionne, on s'invective... Alors, pour pimenter un peu le débat, ajoutez-y une seconde question : « Mais alors, faut-il supprimer le dimanche ?» Ce coup-là la conversation monte d'un cran, s'embrouille, se mord la queue... Vous n'en verrez jamais la fin.
Qu'est-ce qui se passe ? C'est une vieille histoire. En France, depuis la loi du 13 juillet 1906, le Code du Travail a posé trois principes fondamentaux : 1 ) II est interdit d'occuper plus de 6 jours par semaine civile un même salarié. 2) Le repos hebdomadaire doit avoir une durée minimum de 24 heures consécutives. 5) Le repos hebdomadaire doit être donné le dimanche.
On a bien lu : le dimanche. C'est la loi. On n'y revient plus. Eh bien si, précisément, on y revient. Le 6 août 1989, le Journal du dimanche publie un sondage IFOP : 55 % des Français interrogés se disent favorables à l'ouverture des magasins le dimanche, toute la journée. 36 % y sont opposés. Les hommes le souhaitent davantage que les femmes, et la tranche d'âge la plus favorable est celle des 15-34 ans : 63 %. Plus récemment, en janvier 1992, selon un sondage Paris-Match-BVA. 62 % des Français sont favorables à l'ouverture et 30 % y sont opposés. Il y a un foisonnement de sondages. Mais il faut se méfier. On peut les manipuler dans tous les sens. Ils révèlent que quelque chose se passe, pourtant, en profondeur. C'est un phénomène de société : la population veut remettre en question la loi de 1906.
Déjà, dès le départ elle a été vidée de son sens. Elle a fait l'objet d'innombrables dérogations, de plein droit et sur demande. Elle a été mille fois transgressée, ce qui se traduit, en définitive, par un véritable maquis juridique. Et aujourd'hui elle paraît d'autant plus archaïque que les modes de vie des Français ont explosé. Le temps de travail s'est réduit
Le triomphe de l'individu ? Le temps de travail s'est réduit d'une manière impressionnante : la journée est passée de 12 heures à 8 heures environ, la semaine de 62 heures à 35 heures et l'année de travail de 3 600 à 1 850 heures. Autrement dit, tout le monde a plus de temps libre et de plus en plus, chacun entendant l'utiliser à sa manière.
Dans le même temps, le commerce s'adapte. Les grandes surfaces apparaissent en 1960, à la périphérie des grandes villes. Mais le petit commerce ne s'effondre pas pour autant. C'est simplement que la demande augmente. Donc l'offre augmente également, et tout devrait baigner dans l'huile. Pourtant quelque chose achoppe : le temps.
Certes, on a plus de loisirs, mais aussi plus de besoins. Et puisque désormais la règle est que les femmes travaillent, qu'on perd de plus en plus de temps en transport domicile-boulot, que les courses doivent se faire au pas de charge, tout le monde recherche un petit espace-temps où courses et loisirs pourraient s'entremêler. Où l'on pourrait traîner pour acheter un meuble ou une télévision ou même ne rien acheter du tout dans l'univers magique et bariolé des grandes surfaces, afin de ne pas rentrer chez soi à bout de souffle. Ce moment-là, il n'y a qu'un jour où l'on peut le trouver : le dimanche.
Pourquoi pas le samedi ? Hier encore, le samedi avait un statut privilégié. On aime bien le samedi, du moins ceux qui ne travaillent pas ce jour-là. La semaine est finie. Tout est ouvert. Il y a du monde dans les rues. On se promène, on va au cinéma, on va au restaurant, on reçoit les amis. On peut faire bombance et se coucher tard : il y aura encore le dimanche pour se reposer. Bref, le samedi est aimable, c'est le jour du divertissement.
Malheureusement, le samedi est devenu synonyme de cohue. On se bouscule dans les magasins, on achète dans l'urgence. On fait la queue aux caisses enregistreuses, aux parkings, aux centres des villes, aux portes des villes, sur les périphériques, sur les bretelles d'autoroute. Le samedi est devenu un jour plein, trop plein.
En revanche, le dimanche est encore un jour vide. Les rues sont désertes le matin, les banlieues sont assoupies, les lumières sont éteintes, les rideaux sont tirés. C'est le jour de l'ennui. On dit que c'est un jour inutile, inutilisé en tout cas. Alors, pourquoi ne pas l'utiliser? Pourquoi ne pas ouvrir les commerces le dimanche ? Certains l'ont fait. [...]
À Ikéa comme à Virgin, les employeurs étaient contents : leurs affaires tournaient rondement. Les consommateurs étaient contents : ils pouvaient enfin acheter à leur gré. Les employés étaient contents : ils touchaient 50 francs par heure de supplément. C'est très important. Virgin n'est qu'une histoire minuscule, sauf qu'elle a relancé le feuilleton de l'ouverture le dimanche - et le débat. [...]
Le dimanche de jadis et de l'avenir Et le dimanche dans tout ça, qu'est-ce qu'il dit, le dimanche ? Le dimanche ne dit rien. Il n'a pas son mot à dire. Autrefois, c'était un jour sacré. On le sanctifiait, il était respecté. Il roulait sa caisse au fil des semaines dans le calendrier. (Parenthèse : on se rappelle qu'à la Révolution, en 1793, on a tenté d'instaurer les décades pour extirper le dimanche et le remplacer par le décadi. Ça a duré douze ans. Donc le dimanche : il était rythmé par les pratiques religieuses et les rites familiaux. À l'époque, les gens allaient à la messe basse à 8 heures du matin ou à la grand-messe à 11 heures. Le soir, les plus dévots allaient à vêpres ou à compiles. Le midi, [es familles se réunissaient sous l'autorité sans partage du père ou de la mère. C'est eux qui régissaient le temps de toute la famille. On ne leur désobéissait pas. Le dimanche était une volée de cloches et un rituel de victuailles. C'est bien fini. On n'ira plus faire croire à quiconque que le dimanche est encore nécessaire à la sanctification du Seigneur. Et, à la limite, l'Église a peut-être été la première à désacraliser le septième jour puisque la messe du dimanche a lieu également le samedi soir (« comme ça, on en est débarrassé », disent les catholiques entre eux). [...]
Le dimanche est l'occasion d'un temps créateur, et c'est peut-être parce que l'on n'a pas eu l'imagination suffisante pour créer quelque chose d'autre qu'on se jette dans la consommation pour se remplir le temps. Et puis on dit : «Je n'ai rien fait de mon dimanche, qu'est-ce que je vais faire de mon dimanche ? » Pourquoi diable faut-il toujours faire quelque chose ? Il est peut-être encore temps de réapprendre à perdre son temps, de faire l'éloge de la paresse.
Les oracles prédisent : dans dix ans, tout sera ouvert tous les jours. En l'an 2015, la nouvelle presse titrera peut-être, sur cinq colonnes à la une : « 65 % des Français regrettent massivement le dimanche d'autrefois. Faut-il refermer les magasins ce jour-là ? » 2015, il se fera tard. Bon dimanche quand même.
Yvon Le Vaillant, Le Nouvel Observateur, 16-22 janvier 1992
|
Activité n. 2
Par petits groupes, préparez un exposé oral pour répondre aux problématiques suivantes :
Faut-il nécessairement un jour de repos par semaine ? Et ce jour doit-il être obligatoirement le dimanche ? Quelles instances (locales, nationales, européennes) devraient intervenir quant au statut du dimanche comme jour de repos ou jour de liberté ?

Commentaires